Publié le 9 mars 2026 Dans Actualité scientifique

Le dégel du pergélisol fera-t-il pousser les champignons?

Un article de Valérie Levée, journaliste scientifique

Au Nunavik, le dégel du pergélisol déstabilise les bâtiments, entraînant de possibles dommages à la structure et des infiltrations d’eau dans l’enveloppe. La question se pose alors de savoir comment détecter des dégâts d’eau dans les murs avant qu’il ne soit trop tard. Cindy Dumais est étudiante  au doctorat au laboratoire de la professeure Caroline Duchaine, au Centre de recherche de l’Institut Universitaire de Cardiologie et de Pneumologie de Québec de l’Université Laval, et elle a trouvé la réponse dans les champignons.

Les champignons  aiment bien l’eau et s’invitent facilement dans les recoins où persiste de l’humidité. Or certaines espèces de moisissures comme Stachybotrys chartarum, Chaetomium globosum et Trichoderma viride  se développent sur les matériaux de construction et sont connues pour être indicatrices des dégâts d’eau dans la structure des bâtiments. Cindy Dumais est donc allée à la chasse aux champignons dans des habitations du Nunavik. Outre les espèces indicatrices des dégâts d’eau, elle a aussi recherché des espèces des genres Aspergillus et Penicillium souvent associés à l’air intérieur des maisons et Cladosporium présents dans l’air extérieur.


Dans les maisons, elle a échantillonné l’air activé. « Avec un souffleur à feuilles, on souffle la poussière dans une pièce pendant quelques minutes pour tout mélanger, puis on utilise une pompe pour échantillonner l’air et on le récupère sur un filtre », explique-t’elle. Cette technique permet de déloger les moisissures qui vivent cachées dans les murs et Cindy Dumais précise que les moisissures échantillonnées dans l’air activé comporte l’ensemble des moisissures présentes dans une pièce. L’étude ne permet donc pas de se prononcer sur l’exposition des personnes aux moisissures éventuellement à risque pour la santé. Si des moisissures étaient visibles à l’œil nu sur des surfaces, Cindy Dumais les a aussi échantillonnées pour voir s’il y a un lien entre les espèces  présentes dans l’air activité et sur les surfaces. 


Elle a ainsi échantillonné l’air et les surfaces dans les différentes pièces de 60 maisons, en été et en hiver, ainsi que l’air extérieur pour voir si les moisissures extérieures sont transportées à l’intérieur. De retour au laboratoire, elle a extrait l’ADN des échantillons pour détecter et quantifier la présence des espèces recherchées.

L’inspection visuelle ne suffit pas
Les analyses n’ont pas montré de différence entre les différentes pièces des maisons, probablement du fait que la technique de l’air activé mélange et uniformise l’air. La surprise a plutôt été de voir une différence saisonnière avec plus de moisissures en été qu’en hiver. 

« On pensait que l’air était plus confiné en hiver et qu’il y aurait plus de moisissures en hiver. Mais on a remarqué que la ventilation s’active en même temps que le chauffage et on pense qu’elle dilue l’air pendant la saison hivernale. En été, les gens n’ont pas besoin de se chauffer et n’activent pas la ventilation », explique Cindy Dumais.


D’une part l’ouverture occasionnelle des fenêtres laisse entrer Cladosporium, et d’autre part, elle ne suffit pas à évacuer ni les genres présents à l’intérieur Aspergillus et Penicillium, ni les espèces indicatrices de dégâts d’eau. En hiver, même si la ventilation fait diminuer les concentrations, les espèces indicatrices de dégâts d’eau sont toujours là.


La situation est inverse pour les moisissures récoltées sur les surfaces. Les quantités ne varient pas avec les saisons, mais des différences sont observées selon les pièces. Mais surtout, les échantillons prélevés sur les surfaces ne contiennent pas toujours les espèces retrouvées dans l’air dont les moisissures indicatrices de dégâts d’eau. « Elles sont probablement dans les plafonds et les murs, puisqu’on a été capable de les détecter avec la méthode d’air activé, mais sans cette méthode, on ne les aurait pas trouvées. Donc c’est important de ne pas se fier juste aux inspections visuelles », commente Cindy Dumais.

Dans cette première analyse, Cindy Dumais s’est concentrée sur des espèces clés, mais elle a déjà entrepris d’élargir son analyse pour décrire la diversité des champignons présents dans les maisons du Nunavik. Elle envisage aussi de retourner sur place, effectuer d’autres échantillonnages avec une méthode moins invasive, peut-être en exploitant les filtres des systèmes de ventilation.

Recommandations

  • Essayer d’avoir une méthode d’échantillonnage la plus simple possible.
  • Vulgariser la science et le projet auprès des communautés pour qu’elles se sentent concernées et les inclure dans l’élaboration et la réalisation du projet.

Affiliations

Pour aller plus loin

Dumais C., Veillette, M., Efthymiopoulos, S., Bissonnette, E., Daignault, L. Dubé, M., Hunt, S., Ouazia, B., Ioannou, I., Yang, W., Aktas, Y.D., & Duchaine C. (2026). Assessing fungal burden in Nunavik homes across seasonal conditions: Relationship between air and surface contamination. Building and Environment, 289, 114111
https://doi.org/10.1016/j.buildenv.2025.114111

Aktas, Y.D., Duchaine, C., Efthymiopoulos, S., Miron, P., Ouazia, B., Veillette, M., Watt, L., Yang, W., Ahmad Khan, F. (2023). Housing-related determinants of lung health in Nunavik, Canada. 
Dans : Proceedings of the 2nd International Conference on Moisture in Buildings 2023 (ICMB23). ScienceOpen: Online
https://doi.org/10.14293/icmb230049

 


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