Publié le 26 juin 2026 Dans Formation Recherche
Retour et mobilisation de connaissances au village de Kangiqsualujjuaq
Une entrevue menée par Rachel Hussherr, coordonnatrice du comité sur la formation et coordonnatrice régionale du Pôle UQ à l'INQ.
Deux étudiantes ayant participé à la formation Initiation à la recherche et aux enjeux nordiques (IREN) de l’INQ ont passé une semaine dans le Village nordique de Kangiqsualujjuaq à la fin avril afin de faire un retour de leurs résultats de recherche à la communauté. Leurs projets respectifs, développés pendant leur maîtrise à l’UQAT pour l’une et à l’UQAR pour l’autre, touchaient à des sujets d’intérêt pour cette communauté du Nunavik située au bord de la baie d’Ungava.
À travers différentes activités, elles ont pu communiquer des résultats d’intérêt dans des formats attrayants et accessibles aux membres de la communauté. Par exemple, les deux étudiantes sont allées à l’école primaire pour proposer des ateliers éducatifs en lien avec leurs travaux. Elles ont également fait un retour de connaissance plus en détail aux partenaires locaux de leur projet, lors de réunions au village. Enfin, pour aller à la rencontre des gens, elles ont installé un kiosque à la COOP du village pendant un après-midi.
Retour sur leur voyage et sur ce que la formation IREN leur a apporté.
QPrésentez-vous
RQ : Je suis Raphaëlle Quiriault, je suis étudiante à la maîtrise à l’UQAT, en études autochtones et je suis affiliée au CIÉRA.
BD : Je suis Béatrice Dupuis et je suis étudiante en écologie forestière, à la maîtrise à l’UQAR.
Q Si vous ne deviez résumer votre projet qu'en une ou deux phrases ?
RQ : Mon projet de recherche est une cartographie systématique (une forme de revue de littérature) qui vise à recenser toutes les initiatives de surveillance environnementale menées à proximité du village nordique de Kangiqsualujjuaq. J’ai cherché des documents produits entre 1900 et 2023.
BD : Je travaille sur la régénération post-incendie aux limites nord et sud de la toundra forestière, [au Nunavik]. Le point de départ au projet a été un évènement exceptionnel de feu dans la vallée de la rivière Kuururjuaq et les gens de la communauté avaient exprimé le désir d’avoir une évaluation de l’impact de ce feu. Leurs inquiétudes concernaient aussi la qualité de l’eau et les poissons, mais moi je me suis concentrée sur l’aspect de la végétation. L’optique du projet était de comprendre les processus écologiques actifs dans la toundra forestière (ce qui vient s’insérer dans la dynamique du paysage).
QSi vous ne deviez partager qu'un ou deux résultats saillants ?
RQ : J’ai trouvé 122 documents en lien avec certaines des thématiques abordées par le programme Imalirijiit. Dans cet inventaire, la plupart des documents accessibles sur le web proviennent d'universitaires (environ 80). Les documents analysés montrent qu’il y a eu un pic de collecte de données à partir de 1980, ce qui suggère que plus de personnes sont venues dans cette région pour y mener des études environnementales.
BD : À la suite des incendies, il semble que la forêt a de la difficulté à se régénérer. C’est le processus de la déforestation subarctique, actif depuis très longtemps et bien documenté. Mais l'explication traditionnelle voulait qu'un climat trop froid empêche la régénération. Sauf que sachant qu’on est maintenant dans une ère de réchauffement climatique, et donc que la température est de moins en moins limitante, il semble que ce processus est encore actif malgré le réchauffement. Donc le processus est peut-être moins simple que ce qu’on a précédemment présumé ou alors il y a un délai de réponse de l’écosystème face au réchauffement.
QComment vous est venue la volonté d’ajouter un volet « retour de connaissances » à votre projet de maîtrise ?
RQ : J’ai ancré ma recherche dans une approche de restitution des données. Je suis dans un département de sciences sociales, donc c’est quelque chose qui se prêtait bien aussi. En travaillant sur la problématique du retour des données au sein des communautés, c’est sûr que je devais prêcher par l’exemple, pour répondre à la problématique que j’ai décrite. J’ai vraiment fait ma recherche en prenant une posture où je me suis dit que j’allais essayer d’outiller la communauté – selon ce qu’il est réaliste de faire dans le cadre d’une maîtrise. Dans cette optique, il me fallait revenir vers elle. J’ai fait 3 voyages dans le village : le premier pour avoir l’approbation de la communauté par rapport au projet, le deuxième voyage était un premier retour de résultats et mon troisième voyage, c’est plutôt une mobilisation des connaissances : comment s’assurer qu’il y ait des retombées pour le projet [localement], toujours à l’échelle de ce qu’il est possible de faire en étant étudiante à la maîtrise.
BD : Ma question de recherche est née à la suite des préoccupations qui ont été exprimées par les gens du village ici. Faire un retour de résultats était donc une évidence pour répondre au moins partiellement à cette question. Ça me fait plaisir de participer à rendre les données accessibles à ceux et celles qui sont concernés. Et aussi, j’avais le souhait de produire du matériel pédagogique alternatif à un article scientifique, justement pour rendre cela accessible.
RQ : C’est vrai qu’on fait un retour, mais on adapte aussi notre contenu. On est engagées dans notre démarche de retour.
QVous avez toutes les deux participé à une édition de la formation « Initiation à la recherche et aux enjeux nordiques » de l’INQ, Raphaëlle en 2023 et Béatrice en 2025. Comment votre approche à votre projet a changé après cela ?
RQ : Pendant la formation, j’ai beaucoup réfléchi, je me suis remise en question et par moments, je me suis sentie confrontée. Avant la formation, j’étais anxieuse, car je me demandais si je faisais la bonne chose en travaillant sur un tel sujet en contexte inuit en tant qu’allochtone. Après la formation, ça m’a permis d’avoir le déclic pour surmonter cela.
BD : Je me suis inscrite à la formation en sachant que j’allais revenir dans la communauté faire une restitution des connaissances. Je souhaitais que ce moment-là soit vraiment un moment d’échanges, et que ce soit ancré dans une posture éthique, pour assurer la transmission des résultats de manière accessible, respectueuse et mutuellement bénéfique. J’ai aimé que la formation regroupe des intervenants dans plusieurs disciplines et qui provenaient de différents organismes. Je trouve que, parfois, lorsqu'on reste cantonné dans notre spécialité, les nouvelles informations peuvent nous arriver au compte-gouttes. Et là, j’étais exposée à des disciplines complètement différentes, par exemple les professeurs Thierry Rodon et Cynthia Morinville qui ont donné des ateliers sur l’économie du Nord. C’est une entrée d’information massive, car je partais de zéro à ce sujet. Ça m’a aussi permis de rencontrer plein de belles personnes.
RQ : Oui, c’est vrai que le réseautage qui vient avec, ce n’est pas rien non plus.
BD : Les étudiants, les chercheurs, les professionnels… J’ai vraiment apprécié que l’édition à laquelle j’ai participé se soit tenue au camp Kanapeut. C’était vraiment enrichissant.
QVoulez-vous partager un moment marquant de votre semaine dans le village, pendant vos activités de mobilisation ?
BD : Un de mes moments forts a été pendant la réunion avec les partenaires, quand j’ai vu la curiosité qu’a suscitée ma présentation. J’ai trouvé ça vraiment motivant. Cela montre que mon travail compte et qu’il est pertinent.
RQ : Dans la classe, j’ai été touchée de voir les enfants s’approprier les outils que je leur présentais. J’avais une carte en ligne et je leur ai montré comment y naviguer avec la souris pour y chercher des endroits qu'ils connaissaient.
L'INQ félicite chaleureusement Raphaëlle Quiriault et Béatrice Dupuis pour leur engagement auprès de la communauté et des partenaires de Kangiqsualujjuaq. Leur démarche incarne brillamment les valeurs de la formation « Initiation à la recherche et aux enjeux nordiques » (IREN).
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